Ceci est un test.
Odile Marcotte, membre du conseil de la Coalition pour la prévention de l'euthanasie
Après que la Cour suprême du Canada ait jugé que l’interdiction absolue de l’euthanasie était inconstitutionnelle, beaucoup de personnes ont conclu qu’il existait un «droit» à l’euthanasie (ou à une mort digne, dans le jargon du lobby pro-euthanasie). Chaque province canadienne a introduit dans son système médical la pratique de l’euthanasie et certaines, dont le Québec et la Colombie-Britannique, ont même forcé toutes les maisons de soins palliatifs à offrir l’euthanasie aux personnes autorisées à recevoir cette intervention. La Colombie-Britannique n’a exempté de cette obligation que les maisons de soins palliatifs affiliées à des organismes religieux, mais même cette exemption est contestée devant les tribunaux en ce moment.
Cette situation nous amène à penser qu’il existe peut-être un droit plus important que le droit à l’euthanasie: le droit de mourir dans un environnement sans suicide assisté ni euthanasie. Cette exigence semble tout à fait légitime, étant donné le droit donné en pratique de travailler ou dîner dans un environnement sans fumée. Je réfère le lecteur à un article que j’ai publié à ce sujet en 2016. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles un patient préfèrerait terminer ses jours dans une maison n’offrant pas l’euthanasie, mais la plus importante est la peur de revivre une expérience douloureuse liée à un suicide ou une euthanasie.
Revenons à la Colombie-Britannique. L’association Delta Hospice Society (DHS) avait obtenu un bail et recueilli des fonds privés afin de construire une maison de soins palliatifs, qui a offert d’excellents services à ses patients pendant une dizaine d’années. Toutefois, en 2021, elle a subi d’énormes pressions du gouvernement de la Colombie-Britannique pour inclure l’euthanasie dans son «offre de soins». Fidèle à la véritable définition des soins palliatifs, qui ne visent ni à prolonger la vie du patient ni à provoquer sa mort (voir en particulier le site de l’OMS), la direction de la DHS perdit et son bail et la plupart de ses actifs, acquis grâce à ses campagnes de financement. Je laisse la parole à madame Angelina Ireland, présidente de la DHS, qui a mené ce combat. Cette vidéo est doublée en français.
À ma connaissance, madame Ireland est la seule personne au Canada ayant la responsabilité d’une maison de soins palliatifs et ayant refusé de céder aux pressions gouvernementales visant à imposer l’euthanasie à ces maisons. À titre personnel, je lui en suis très reconnaissante. Le lecteur notera qu’en Suisse, le suicide assisté n’est pas gratuit, ainsi que le rapporte l’intervieweur, alors qu’au Canada, l’euthanasie a été intégrée au système public de santé.
Odile Marcotte, membre du conseil de la Coalition pour la prévention de l'euthanasie
Le vote
Par 291 voix contre 241, l’Assemblée nationale de France a entériné, le 15 juillet 2026, un projet de loi légalisant l’euthanasie. C’était la quatrième fois qu’une majorité de députés votait en faveur d’une telle loi, dont les deux premières versions avaient été rejetées par le Sénat. La troisième version avait aussi été rejetée par le Sénat mais le gouvernement a proposé cette version une nouvelle fois à l’Assemblée nationale, qui l’a donc adoptée.
Les interventions des députés
Le lecteur de ce blogue pourra consulter les interventions des députés le 15 juillet sur le site de l’Assemblée nationale. La première impression qui s’en dégage est une forte impression de «déjà vu»: la plupart des intervenants présentent des arguments utilisés depuis des décennies pour promouvoir l’euthanasie, arguments identiques à ceux entendus pendant le débat sur l’euthanasie au Canada. Par exemple, madame Sandrine Rousseau a invoqué la liberté pour défendre l’euthanasie. Naturellement, comme il s’agit de la République française, elle invoque aussi l’égalité, la fraternité et la laïcité!
Trois députés sont intervenus pour critiquer le projet de loi: monsieur Olivier Fayssat, qui estime (à l’instar de beaucoup de sénateurs) que les balises de la loi ne sont pas assez strictes, monsieur Christophe Bentz et madame Justine Gruet, qui s’oppose en particulier au fait qu’une personne sous tutelle puisse être euthanasiée.
Ressemblances et différences entre la loi française et le cadre canadien et québécois
En quoi la loi adoptée par l’Assemblée nationale diffère-t-elle du cadre législatif canadien et québécois? Par certains aspects, la loi française va encore plus loin que nos lois dans la banalisation de l’euthanasie. En effet, un professionnel de la santé pourra refuser de pratiquer une euthanasie, mais seulement à condition d'indiquer des personnes prêtes à le faire. Au Canada, certaines provinces (par exemple le Manitoba) permettent une véritable objection de conscience aux professionnels de la santé.
D’autre part, en France comme au Québec et en Colombie-Britannique (mais pas en Alberta), il n’y aura pas d’objection de conscience pour les institutions. Un député pro-euthanasie s’est même exclamé qu’il serait absurde de faire faire un trajet de 40 km en ambulance à un patient demandant l’euthanasie! Son argument ne pèse pas lourd si on considère la région parisienne…
La principale différence entre la loi française et le cadre canadien est qu’en France, le suicide assisté semble avoir priorité sur l’euthanasie, dans la mesure où le patient doit s’administrer lui-même la substance létale à moins d’en être incapable. Nous verrons bien quelle proportion de ces «aides à mourir» seront des suicides assistés et quelle proportion des euthanasies.
Entrée en vigueur de la loi
La loi française entrera sans doute en vigueur au début de 2027, puisque le premier ministre Sébastien Lecornu et le président du Sénat Gérard Larcher vont demander l’avis du Conseil constitutionnel sur certains aspects de la loi et que la substance létale utilisée pour les suicides assistés et les euthanasies sera annoncée par décret plus tard.
Liberté et désir(s)
Nous avons mentionné ci-dessus la «liberté» réclamée par les promoteurs de la légalisation de l’euthanasie. Toutefois, ce qu’ils réclament n’est pas la liberté mais la transformation du système de santé afin que le désir de certaines personnes (désir de mort?) soit exaucé, même si c’est au détriment de la majorité des patients, qui ne sont pas suicidaires. C’est d’ailleurs le mot «désir» qu’utilise le docteur Denis Labayle, porte-parole d’une association en faveur de la légalisation de l’aide à mourir:
je suis très optimiste sur l’intégration dans les mentalités de cette loi, qui correspond à un désir,
comme il est rapporté dans un article de La Presse.
Ceci est un test.